Mos Gerila - Grand-père Gel

mos gerila - grand-père gel Une « tradition » inventée par l’idéologie communiste...

Célébrée depuis les débuts du christianisme par une combinaison de rites païens et chrétiens, Noël – la naissance du Seigneur – et les autres coutumes liées au début de la nouvelle année ont été accompagnées, le long des temps, de traditions différentes. L’installation d’une coutume, l’apparition d’un nouveau rituel ou d’un symbole relève aussi des valeurs partagées par la société à un moment donné de son histoire. Par exemple l’image de Noël en famille s’est développée plutôt récemment dans l’histoire et relève, selon des études historiques et sociologiques, des valeurs de l’époque victorienne, dans le contexte de l’industrialisation de la Grande Bretagne.

 

Dans les Principautés roumaines, le sapin orné est arrivé de l’espace allemand, avec la modernisation entamée dans les années ’30 du XIXe. Quant au Père Noël, son apparition est encore plus récente. En tout cas, les coutumes modernes qui accompagnent les rites religieux et traditionnels liés à la naissance du Seigneur, les mettant parfois dans l’ombre, n’étaient pas très ancrées dans cet espace avant l’installation du communisme. Or ce régime a imposé une manière différente de passer les fêtes. L’intention était d’effacer la mémoire du passé et de faire en sorte que les gens vivent dans la nouvelle société avec une série de « traditions » à la mesure de l’idéologie communiste. Ces transformations ont été réunies dans un livre intitulé « Du Grand-père Gel à Santa Claus. Un regard sociologique sur Noël ».

 

Son auteure, Ozana Cucu-Oancea, parle des plans des communistes : « Rien n’a été laissé au hasard ni n’a été fait de façon brutale. Ils savaient que l’on ne pouvait pas anéantir une fête complètement. Ils n’ont pas souhaité éliminer la Noël de la vie des gens parce qu’ils savaient que le peuple était attaché à ces symboles. Leur tactique s’est donc ciblée sur un changement de sens de certaines traditions, ils ont visé à gommer la dimension religieuse d’une fête et muter ses éléments composants. Par exemple, le sapin de Noël et la figure du Père Noël ont été transformés et mués en une fête laïque. Les communistes ont essayé de faire sortir cette fête du cadre familial et de l’emmener dans l’espace public, la transformant, en fait, en une festivité. Le Père Noël ne venait plus à la maison, pour laisser les cadeaux sous le sapin, il venait à la fabrique ou à l’institution où travaillaient les parents. Ou encore dans la Petite ville des enfants, ou à la Maison de la culture, donc dans des espaces publics. Telle était leur tactique ».

 

Les Petites villes des enfants, en fait des parcs d’attractions, continuent d’exister aujourd’hui en Roumanie. L’intention des communistes, lorsqu’ils les ont créées, était d’associer les fêtes d’hiver à une fête publique, au milieu du collectif, et de détruire la dimension strictement familiale. Le Père Noël a lui aussi connu une transformation. Il a été remplacé par Grand-père Gel. Personnage importé de l’URSS, il était vêtu de bleu, pas de rouge, et ne venait plus dans la nuit du 24 au 25 décembre, mais dans la nuit du Nouvel an. La Fête de la République a été introduite, le 30 décembre, pour muter vers cette dernière l’accent qui était auparavant mis sur le 25 décembre, le 30 décembre était en fait le jour de l’abdication forcée du roi Michel en 1946.

 

Ozana Cucu-Oancea fait état du nouveau calendrier communiste des fêtes de fin d’année: « L’accent a migré des dates de Noël (qui dure trois jours selon la tradition orthodoxe), les 25 et 26 décembre étant décrétés jours ouvrables, le seul jour férié était le 1er janvier. Si Noël était un jour en semaine, les gens devaient aller travailler, donc seuls les enfants et les personnes âgées pouvaient encore aller à l’église. En fait, les Roumains ont doublé les fêtes. Ils ont continué à fêter Noël en famille, comme d’habitude, et ils participaient, en parallèle, aux fêtes communistes d’hiver ».

 

Ce dédoublement était pratiqué tant à la ville, où les gens se souvenaient encore du Père Noël, mais aussi à la campagne, qui préservait certaines traditions religieuses et populaires. Malgré tout, la propagande communiste a aussi atteint son but. Ozana Cucu-Oancea: « L’industrialisation s’est produite plus tard que dans les pays occidentaux, donc l’image du sentimentalisme victorien de Noël n’était pas très répandue avant l’arrivée du communisme. Cela, uniquement dans l’espace urbain et seulement au niveau des classes supérieures. Il n’a pas réussi à se propager davantage et il n’était nullement connu à la campagne. De ce fait, très peu de gens de la campagne se souvenaient encore du Père Noël. Pendant que j’étais étudiante et que j’allais beaucoup dans les villages, j’ai été surprise de connaître beaucoup de paysans qui avaient vécu toute leur vie avec l’idée que c’est le Grand-père Gel qui arrive en fin d’année, et non pas le Père Noël à Noël ».

 

Après ce dédoublement du temps du communisme, à compter de 1990, les Roumains sont passés rapidement à la variante contemporaine de fêter Noël : de manière consumériste, diraient certains. (trad.: Ligia Mihaiescu)


www.rri.ro
Publicat: 2018-01-05 13:00:00
Vizualizari: 0
TiparesteTipareste